Méditation ou réflexion?

Commentaires : 6 (Discussion fermée)
  • #1

    Philippe (dimanche, 21 septembre 2014 18:49)

    Bonjour Dayana,

    Tout d'abord merci de nous permettre de confronter nos expériences à votre regard, c'est vraiment précieux.
    Depuis maintenant plusieurs mois, je porte l'attention le plus souvent possible dans la journée, la plupart du temps sans trop d'effort en fait mais il arrive que la distraction soit plus perturbante à certains moments. Indubitablement, le mental s'est calmé, je vois ce qui m'entoure maintenant dans une perspective 3D ++ dont je ne me souvenais plus mia sque je connaissais. Sont vus de plus en plus, les mouvements des instants qui se succèdent (ca donne le vertige parfois, surtout lorsque je quitte un ou deux jours seul pour rejoindre des amis, là ca va vite pendant quelques secondes, lorsque je retrouve le monde !), la question du passé et du futur à ces moments n'existe plus, ça fait comme si j'étais hyper concentré mais sans aucun vouloir et surtout sans absolument aucun effort. Ces moments, de plus en plus nombreux, ne sont toutefois pas continus. Peu importe au demeurant, il s'agit essentiellement d'une question d'attention et d'entrainement.
    Ma question est donc la suivante à laquelle je n'ai pas trouvé encore de réponse. Si la méditation est possible une grosse partie de la journée, y compris dans les interactions avec d'autres (parler, tout simplement), elle est plus compliquée lorsque je dois raisonner, cognitivement s'entend (je dois réalise des analyse assez compliquées dans des délais très courts). Il n'est pas possible de réfléchir et de méditer en même temps. Or, mon temps de travail est très demandeur de sollicitations cognitives. J'ai réussi à supprimer les temps de réflexion dans 50 % des cas (c'est déjà bien, je trouve !) sans nuire à la qualité de mon travail, par exemple, lorsque je réalise des entretiens (en fait, les question viennent d'elle même, sans cognition provoquée et surtout, je ne raisonne plus pendant la réponse de la personne car je me suis rendu compte que ce ne sert à rien, ça m'épuise et je manque plein de trucs interessants à voir). Je laisse s'installer la thématique en l'invitant, mais sans intervenir. C'est plutôt dans la réflexion de type "travail" ou "cartésienne" que la difficulté surgit, là je suis encore obligé de réfléchir, d'effectuer des opérations mentales volontaires, de me tordre les fameux boyaux de la tête. Et dans ce cas l'observation n'est plus possible... Le seul moment moment ou c'est possible, c'est dans l'écriture poétique, là l'observation est possible pendant le processus.

    Qu'en pensez-vous ?
    Merci à vous

  • #2

    Dayana (lundi, 22 septembre 2014 09:41)

    Bonjour Philippe,
    Ce que je comprends de votre message c'est qu'il semble que ce que vous appelez méditation et observation est la perspective de ce que je nomme le témoin ou plus exactement la conscience témoin. Il y a encore une subtile dualité celle d'une observation qui observe quelque chose. Il est vrai que c'est une perspective beaucoup plus douce à vivre que celle de l'identification fusionnelle avec ce qui est observé mais elle est encore issue de la perspective mentale. En réalité, lorsqu'il semble y avoir observation, il y a en fait, vécu complet de ce qui est, en totale présence unité à ce qui est mais sans appropriation de ce qui est ni interférence de pensées commentaires ou reproductions. Il n'y a rien qui observe, rien qui est observé mais un vécu unifié fait de ce qui est.
    La recherche d'observation de la cognition dont vous parlez lors de votre travail me parait être sous tendue par un refus de la situation: absorption dans cette activité, efforts, disparition de l'observation. Quand la posture d'observation s'impose, il s'agit là d'un mouvement naturel issu de l'intelligence même de la vie qui constitue un genre d'étape dans la reconnaissance de notre nature. Mais dès lors qu'il y a volonté à observer, c'est qu'il y a saisie mentale de ce mouvement naturel le transformant en une recette à suivre pour la personne. Comme à chaque fois, c'est forcément voué à l'échec.
    Bien que la cognition "tord boyau cérébral" soit surement secondaire à des enjeux égotiques sous-jacents ( car la phrase "je suis encore obligé de réfléchir, d'effectuer des opérations mentales volontaires, ...obligé-volontaire..." l'indique), il peut être intéressant d'en profiter pour réaliser que justement là, il n'y a plus la place pour l'observation, il n'y a plus que ce qui est, présence consciente étant ce qui est, sans personne pour voir, gérer ou faire, il n'y a que l'action cognitive qui se vit. Dès lors que le refus sous-jacent sera épuré, tout le sens de ce qui est prendra sa place c'est à dire un vécu unifié sans aucune séparation.
    Peut être pour vous aider à réaliser cela, notez qu'il se vit exactement le même genre de chose lorsque vous vous absorbez totalement dans une contemplation ou une activité que vous aimez, il n'y a plus qu'elle, sans vous, qui se vit et se délecte d'elle-même. Le mental ne déroge pas à la règle quand il est présent. Seule la pensée de quelqu'un qui le vit fait perdre de vue ce qui est, générant les efforts et le stress propres au refus.

  • #3

    philippe (lundi, 22 septembre 2014 22:29)

    Bonjour Dayana,
    Merci pour ces éclaircissements. Dans ce que vous dites , je comprends ceci : l'observation, le désir d'observation sont des objets. Le refus de la disparition de l'observation est encore un objet.

    L'attention n'est pas objet. Elle est . La fusion avec la cognition est aussi, s'il n'y a personne qui la vit.

    Ceci veut il donc dire que la cognition n'est pas le mental ? Ou simplement que la cognition est le mental ... impersonnel ?

    Enfin, vous suggérez que la conscience témoin n'est pas ce que je suis mais ce que je crois être ?

    Merci de votre aide

    Philippe








  • #4

    Dayana (mardi, 23 septembre 2014 08:18)

    Bonjour Philippe,

    Tout est question du contraste entre ce qui se vit réellement et ce qui s’en dit ou représente via le mental. Le mental intervient toujours dans un second temps, il reproduit l’instant 1er (avant même de le commenter) le rendant objectif. Mais cette reproduction n’est jamais un « copier-coller » de l’instant 1er. Lorsque le mental fait cela, il devient lui-même un nouvel instant 1er, la reproduction est un nouvel instant 1er. Et ainsi de suite. L’instant 1er est un vécu direct sans objet ni sujet. La reproduction est aussi sans objet ni sujet mais ce qu’elle décrit, elle, comporte objets et sujet.

    C’est en s’intéressant à son expérience directe que tout ceci va petit à petit se reconnaître.
    Dans cette reconnaissance il y a comme des étapes. Celle de se rendre compte où tout est perçu est un grand pas dans le sens qu’il y a détachement de la représentation objective de ce qui est. A ce stade, que j’appelle celui de la conscience témoin, il semble y avoir un sujet qui voit, perçoit des choses (formes, sensations, états etc..) Ainsi tout ce qui est descriptible peut être appelé objet contrairement à ce qui ne l’est pas et qui est appelé sujet. Ceci amène invariablement tôt ou tard à s’intéresser à ce sujet qui ne peut pas se représenter mais qui est la constante de toute perception, alors que les perceptions, elles changent sans arrêt.
    Ce sujet est conscience. On s’aperçoit alors que c’est aussi ce qui pouvait s’appeler attention, observation, écoute. Ce n’est pas objectif mais c’est là et se reconnaît, se sait être là. Cela s’affine et s’intègre par le « pas ceci, pas cela » réalisant que tout ce qui est descriptif (objet) n’est pas la conscience. Quand le sujet est comme dépossédé de ses objets, la conscience est reconnue en tant que pur vécu, immuable, infinie présence sans dimension.
    Le pas suivant va ensuite se franchir.
    De l’expérience « conscience de… » cela passe à la réalisation que l’expérience est « conscience ». On réalise alors que ce qui auparavant s’appelait observation de, écoute de, attention à devient observation pure, écoute pure, attention pure. Mais cela traduit encore une sorte de très fine séparation : un mouvement agissant sur un fond d’immobilisme. Petit à petit ceci disparaît aussi et devient juste vécu direct de chaque instant ou pure êtreté. C’est là que se reconnaît l’unité de tout ce qui est sans aucune séparation ni rupture au sein de l’expérience vivante. C’est de cela dont je vous parlais dans ma précédente réponse.

    Ainsi
    Au moment où la pensée est là il n’y a qu’elle. Au moment où il y a « voir » il n’y a que voir au moment où il a senti il n’y a que senti, au moment où il y a sentiment il n’y a que sentiment, au moment où il y a travail il n’y a que travail etc….

    Et reprenant vos questions :
    "l'observation, le désir d'observation sont des objets. Le refus de la disparition de l'observation est encore un objet."
    Oui, ce sont des mouvements dans le mental, en revanche observation si elle désigne l’immuabilité du vécu, non ; si elle désigne une action oui.

    "L'attention n'est pas objet. Elle est ".
    idem que observation.

    "La fusion avec la cognition est aussi, s'il n'y a personne qui la vit."
    Oui, pas fusion, juste unité appelée à ce moment-là cognition.

    "Ceci veut il donc dire que la cognition n'est pas le mental ? Ou simplement que la cognition est le mental ... impersonnel ?"
    Tout dépend ce que l’on entend par cognition. La connaissance n’appartient pas au mental, elle fait partie de la conscience. Tout est connu par elle en immédiateté, c’est ce que l’on retrouve dans ce qu’on appelle prise de conscience. Cela n’a rien à voir avec « comprendre » qui est une fonctionnalité mentale mais plutôt avec le « reconnaître » ce qui est.
    A noter également que le mental est tout autant impersonnel que n’importe quelle autre perception. Ce n’est que la pensée d’un moi qui se l’approprie qui semble le rendre personnel.

    "Enfin, vous suggérez que la conscience témoin n'est pas ce que je suis mais ce que je crois être ?"
    Oui dans le sens qu’il s’agit encore d’une représentation du sujet. La conscience ne peut pas se représenter, elle se vit, elle est.
    Vous êtes pure conscience sans témoin, vous êtes « conscience » dépouillée de l’idée de ce qu’est la conscience, le réalisant lorsque ce mot a fait son œuvre de pouvoir évocateur.

    Avec plaisir de partager

  • #5

    philippe (mardi, 23 septembre 2014 17:33)

    Merci, de tout coeur.

  • #6

    Dayana (mardi, 23 septembre 2014 19:35)

    :-)

    Bienvenue!

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"conscience pure"

 

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